LA MISSION DE L’ÉLU
Publié : 18 juin 2026 04:23
DONALD TRUMP
LE PROFITEUR EN CHEF
Par Mathieu Bélisle Essayiste, collaboration spéciale
FAITES VOS JEUX, RIEN NE VA PLUS ! PENDANT QU’IL S’AMUSE À FAIRE LA GUERRE ET LA PAIX, DONALD TRUMP EST EN TRAIN DE TRANSFORMER LA PRÉSIDENCE AMÉRICAINE EN UN VASTE CASINO OÙ IL S’EST ASSURÉ DE GAGNER À TOUS LES COUPS.
L’homme ne se contente pas de grappiller un million ici et là, comme c’était le cas durant son premier mandat. Son second mandat, il le mène en confondant systématiquement la diplomatie et les affaires, l’intérêt national et l’intérêt personnel.
AINSI, POUR LA SEULE ANNÉE 2025, DONALD TRUMP EST PARVENU À ACCROÎTRE SA FORTUNE DE 4 MILLIARDS DE DOLLARS (1).
Comment ? En profitant de son pouvoir et de ses privilèges pour favoriser des projets immobiliers de plusieurs milliards de dollars (tours, hôtels, resorts, clubs de golf) un peu partout dans le monde, en particulier au Moyen-Orient et en Asie, soit en vendant son nom sous licence, comme il le fait depuis toujours, soit en formant des partenariats avec des dirigeants locaux.
Il s’est aussi lancé dans le domaine des cryptomonnaies, par l’entremise de sa firme, la World Liberty Financial, qui au cours de la dernière année et demie aurait récolté jusqu’à 2,3 milliards de dollars, somme qui apparaît de plus en plus comme un vol pur et simple.
Il a multiplié les poursuites contre des médias (CBS, Meta, Paramount), qui se sont empressés de payer en échange de politiques plus favorables. Et il a continué de vendre toutes les marchandises imaginables aux couleurs de la présidence : des bibles Trump (oui, oui), des chaussures de sport, des guitares, des parfums, des crèmes hydratantes, etc.
Si l’année 2025 a été profitable, l’année 2026 s’annonce comme un grand cru.
TRUMP SEMBLE DÉCIDÉ À FAIRE MONTER LA MISE, À OBTENIR LE TITRE DE PROFITEUR EN CHEF. LA DIVULGATION RÉCENTE DE SON ACTIVITÉ BOURSIÈRE CONFIRME QUE LUI ET SES FILS MULTIPLIENT LES DÉLITS D’INITIÉS.
Ainsi, en début d’année, le président a acheté d’importants blocs d’actions de Palantir, une entreprise spécialisée dans l’analyse de données et l’intelligence artificielle, juste avant que cette dernière obtienne du Pentagone un contrat de plusieurs milliards US. Puis, avant de se rendre en Chine pour annoncer la vente de 200 appareils Boeing, il a pris soin de faire le plein d’actions du constructeur (2).
Ses fils ne sont pas en reste. En septembre dernier, Eric et Don Jr. ont acheté des parts dans une entreprise minière six jours seulement avant qu’elle soit chargée par le gouvernement américain d’exploiter le plus grand gisement de tungstène au monde. Et au début de la guerre contre l’Iran, lancée par leur propre père, les deux frères ont investi dans une entreprise de fabrication de drones intercepteurs, dont les principaux clients sont les pays du Golfe et l’armée américaine. Décidément, le hasard fait bien les choses !
Si des médias américains demeurent encore timides, sans doute par peur de représailles et de poursuites, l’opposition démocrate commence à appeler les choses par leur nom.
La semaine dernière, dans le Maine, le candidat au Sénat Graham Platner a dénoncé Trump et « ses entreprises criminelles ». Et en Géorgie, le sénateur Jon Ossoff (retenez bien ce nom), candidat à sa réélection, s’en est pris à « la mafia de Mar-a-Lago », dénonçant un niveau de corruption « jamais vu ».
LE PLUS GRAVE, C’EST QUE CETTE CORRUPTION N’EST PAS SEULEMENT UNE AFFAIRE DE FAMILLE. ELLE S’ÉTEND DÉSORMAIS OUVERTEMENT AUX FONCTIONS POLITIQUES, QUE TRUMP ATTRIBUE SELON LE PRINCIPE « PAYEZ-POUR-GOUVERNER ».
Pour parvenir à ses fins, le président se sert des failles de la loi sur le financement électoral, qui plafonne les dons faits aux partis et aux candidats, mais pas ceux qui sont versés aux divers fonds et organisations qui les soutiennent, qu’on appelle les Super PAC (pour « Public Action Committee »).
Résultat ? MAGA Inc., le principal comité de soutien de Trump, détient un trésor de guerre de 350 millions. L’Inaugural Fund, quant à lui, a amassé 251 millions. Le fonds pour la construction de la salle de bal de la Maison-Blanche : 400 millions. Et le Library Fund : 63 millions (3).
Vous voulez devenir ministre ou siéger à un conseil ? Sortez votre chéquier ! Scott Bessent, nommé secrétaire au Trésor, a versé 1,4 million pour la réélection de Trump. Cody Campbell, nommé au conseil présidentiel : 1,8 million. Et Jared Isaacson, administrateur de la NASA, a même dû payer deux fois : 2 millions pour être nommé, et 2 autres millions pour être renommé, après que Trump eut momentanément changé d’avis à son sujet !
Ces sommes sont encore modestes à côté de ce que Linda McMahon, cofondatrice de la WWE, a versé avant d’être nommée secrétaire à l’Éducation : 20 millions. Sans oublier Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, qui a d’abord donné 9 millions à la campagne de Trump, avant de verser 5 millions supplémentaires à un comité républicain le mois dernier, alors qu’il s’apprêtait à témoigner dans l’enquête sur l’affaire Epstein.
On s’est beaucoup alarmé, non sans raison, de la dérive autoritaire des États-Unis. Mais on ne s’inquiète pas assez de l’essor spectaculaire de la corruption, qui est peut-être la conséquence la plus visible de cette dérive, celle qui risque d’avoir l’effet le plus durable sur leur culture politique – et, par extension, sur la nôtre.
« Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument », disait Lord Acton.
L’IMMUNITÉ PARTIELLE ACCORDÉE À TRUMP PAR LA COUR SUPRÊME EN 2024 LUI PERMET DE FAIRE DU BIEN PUBLIC NON PAS UN IDÉAL À SERVIR, MAIS UN TRÉSOR À PILLER.
Trump vient aussi de montrer aux élites de son pays qu’il est possible de se servir de la présidence comme d’un moyen de s’enrichir plutôt qu’une occasion de servir. D’autres candidatures du même acabit risquent donc d’émerger, avec l’appui de généreux donateurs.
Le danger, à terme, c’est la perte de confiance du public dans les institutions. Dès le moment où les Américains auront conclu que tout s’achète, le pouvoir comme la justice, le contrat social risque de se briser, avec des conséquences qui sont encore difficiles à mesurer.
En somme, le mal semble appelé à s’étendre. Car c’est bien connu, et les mafieux le savent mieux que tout le monde : la corruption engendre la corruption, le corrompu et le corrupteur ayant tout intérêt, pour se protéger eux-mêmes, à ce que les torts soient partagés par le plus grand nombre.
1. Lisez un article du New Yorker (en anglais ; abonnement requis)
2. Lisez un article de Forbes (en anglais ; abonnement requis)
3. Lisez un article du Washington Post (en anglais ; abonnement requis)
Source : https://www.lapresse.ca/dialogue/chroni ... n-chef.php

LE PROFITEUR EN CHEF
Par Mathieu Bélisle Essayiste, collaboration spéciale
FAITES VOS JEUX, RIEN NE VA PLUS ! PENDANT QU’IL S’AMUSE À FAIRE LA GUERRE ET LA PAIX, DONALD TRUMP EST EN TRAIN DE TRANSFORMER LA PRÉSIDENCE AMÉRICAINE EN UN VASTE CASINO OÙ IL S’EST ASSURÉ DE GAGNER À TOUS LES COUPS.
L’homme ne se contente pas de grappiller un million ici et là, comme c’était le cas durant son premier mandat. Son second mandat, il le mène en confondant systématiquement la diplomatie et les affaires, l’intérêt national et l’intérêt personnel.
AINSI, POUR LA SEULE ANNÉE 2025, DONALD TRUMP EST PARVENU À ACCROÎTRE SA FORTUNE DE 4 MILLIARDS DE DOLLARS (1).
Comment ? En profitant de son pouvoir et de ses privilèges pour favoriser des projets immobiliers de plusieurs milliards de dollars (tours, hôtels, resorts, clubs de golf) un peu partout dans le monde, en particulier au Moyen-Orient et en Asie, soit en vendant son nom sous licence, comme il le fait depuis toujours, soit en formant des partenariats avec des dirigeants locaux.
Il s’est aussi lancé dans le domaine des cryptomonnaies, par l’entremise de sa firme, la World Liberty Financial, qui au cours de la dernière année et demie aurait récolté jusqu’à 2,3 milliards de dollars, somme qui apparaît de plus en plus comme un vol pur et simple.
Il a multiplié les poursuites contre des médias (CBS, Meta, Paramount), qui se sont empressés de payer en échange de politiques plus favorables. Et il a continué de vendre toutes les marchandises imaginables aux couleurs de la présidence : des bibles Trump (oui, oui), des chaussures de sport, des guitares, des parfums, des crèmes hydratantes, etc.
Si l’année 2025 a été profitable, l’année 2026 s’annonce comme un grand cru.
TRUMP SEMBLE DÉCIDÉ À FAIRE MONTER LA MISE, À OBTENIR LE TITRE DE PROFITEUR EN CHEF. LA DIVULGATION RÉCENTE DE SON ACTIVITÉ BOURSIÈRE CONFIRME QUE LUI ET SES FILS MULTIPLIENT LES DÉLITS D’INITIÉS.
Ainsi, en début d’année, le président a acheté d’importants blocs d’actions de Palantir, une entreprise spécialisée dans l’analyse de données et l’intelligence artificielle, juste avant que cette dernière obtienne du Pentagone un contrat de plusieurs milliards US. Puis, avant de se rendre en Chine pour annoncer la vente de 200 appareils Boeing, il a pris soin de faire le plein d’actions du constructeur (2).
Ses fils ne sont pas en reste. En septembre dernier, Eric et Don Jr. ont acheté des parts dans une entreprise minière six jours seulement avant qu’elle soit chargée par le gouvernement américain d’exploiter le plus grand gisement de tungstène au monde. Et au début de la guerre contre l’Iran, lancée par leur propre père, les deux frères ont investi dans une entreprise de fabrication de drones intercepteurs, dont les principaux clients sont les pays du Golfe et l’armée américaine. Décidément, le hasard fait bien les choses !
Si des médias américains demeurent encore timides, sans doute par peur de représailles et de poursuites, l’opposition démocrate commence à appeler les choses par leur nom.
La semaine dernière, dans le Maine, le candidat au Sénat Graham Platner a dénoncé Trump et « ses entreprises criminelles ». Et en Géorgie, le sénateur Jon Ossoff (retenez bien ce nom), candidat à sa réélection, s’en est pris à « la mafia de Mar-a-Lago », dénonçant un niveau de corruption « jamais vu ».
LE PLUS GRAVE, C’EST QUE CETTE CORRUPTION N’EST PAS SEULEMENT UNE AFFAIRE DE FAMILLE. ELLE S’ÉTEND DÉSORMAIS OUVERTEMENT AUX FONCTIONS POLITIQUES, QUE TRUMP ATTRIBUE SELON LE PRINCIPE « PAYEZ-POUR-GOUVERNER ».
Pour parvenir à ses fins, le président se sert des failles de la loi sur le financement électoral, qui plafonne les dons faits aux partis et aux candidats, mais pas ceux qui sont versés aux divers fonds et organisations qui les soutiennent, qu’on appelle les Super PAC (pour « Public Action Committee »).
Résultat ? MAGA Inc., le principal comité de soutien de Trump, détient un trésor de guerre de 350 millions. L’Inaugural Fund, quant à lui, a amassé 251 millions. Le fonds pour la construction de la salle de bal de la Maison-Blanche : 400 millions. Et le Library Fund : 63 millions (3).
Vous voulez devenir ministre ou siéger à un conseil ? Sortez votre chéquier ! Scott Bessent, nommé secrétaire au Trésor, a versé 1,4 million pour la réélection de Trump. Cody Campbell, nommé au conseil présidentiel : 1,8 million. Et Jared Isaacson, administrateur de la NASA, a même dû payer deux fois : 2 millions pour être nommé, et 2 autres millions pour être renommé, après que Trump eut momentanément changé d’avis à son sujet !
Ces sommes sont encore modestes à côté de ce que Linda McMahon, cofondatrice de la WWE, a versé avant d’être nommée secrétaire à l’Éducation : 20 millions. Sans oublier Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, qui a d’abord donné 9 millions à la campagne de Trump, avant de verser 5 millions supplémentaires à un comité républicain le mois dernier, alors qu’il s’apprêtait à témoigner dans l’enquête sur l’affaire Epstein.
On s’est beaucoup alarmé, non sans raison, de la dérive autoritaire des États-Unis. Mais on ne s’inquiète pas assez de l’essor spectaculaire de la corruption, qui est peut-être la conséquence la plus visible de cette dérive, celle qui risque d’avoir l’effet le plus durable sur leur culture politique – et, par extension, sur la nôtre.
« Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument », disait Lord Acton.
L’IMMUNITÉ PARTIELLE ACCORDÉE À TRUMP PAR LA COUR SUPRÊME EN 2024 LUI PERMET DE FAIRE DU BIEN PUBLIC NON PAS UN IDÉAL À SERVIR, MAIS UN TRÉSOR À PILLER.
Trump vient aussi de montrer aux élites de son pays qu’il est possible de se servir de la présidence comme d’un moyen de s’enrichir plutôt qu’une occasion de servir. D’autres candidatures du même acabit risquent donc d’émerger, avec l’appui de généreux donateurs.
Le danger, à terme, c’est la perte de confiance du public dans les institutions. Dès le moment où les Américains auront conclu que tout s’achète, le pouvoir comme la justice, le contrat social risque de se briser, avec des conséquences qui sont encore difficiles à mesurer.
En somme, le mal semble appelé à s’étendre. Car c’est bien connu, et les mafieux le savent mieux que tout le monde : la corruption engendre la corruption, le corrompu et le corrupteur ayant tout intérêt, pour se protéger eux-mêmes, à ce que les torts soient partagés par le plus grand nombre.
1. Lisez un article du New Yorker (en anglais ; abonnement requis)
2. Lisez un article de Forbes (en anglais ; abonnement requis)
3. Lisez un article du Washington Post (en anglais ; abonnement requis)
Source : https://www.lapresse.ca/dialogue/chroni ... n-chef.php